Si proche(s) et si loin

8 commentaires
# Avant de partir, Blablablas, En escale, Islande

Sans que je m’en aperçoive ou presque, le cap du J-100 est passé. Si proche et si loin encore. En attendant, j’enchaîne les soirées avec un tel ou une telle. Mais trop souvent, je ne vis pas l’instant, je l’enregistre. J’observe, connais la suite, attends la mimique prévisible, la vanne 100 fois entendue, le sourire attendu. Et si c’était ce rire qui, dans quelques mois, me manquait le plus ? Mode vidéo qui tremble. Je sauvegarde le souvenir avant même de le vivre. Chaque pause clope devient une archive potentielle. Si proches et bientôt si loin.

« Dis, tu reviendras nous voir avant ton départ ? Hein ? Pourquoi partir si tu penses que tout ça va te manquer ? »

Parce qu’autant ça ne me manquera pas.

Parce que schizophrène que je suis, je chéris ce guide de l’Alaska-Yukon reçu la semaine dernière et qui a autant sa place dans mon sac à main que mon trousseau de clés. Parce que la première chose que je fais le matin, c’est vérifier si quelqu’un vivant dans un autre fuseau horaire a répondu à l’un de mes mails-bouteilles à la mer. Car j’ai plus suivi la ré-élection de la droite en Islande que n’importe quel débat socio-politico-égalitaire en France. Parce qu’il y a 46 onglets ouverts sur mon navigateur internet du boulot pour comparer les sacs à dos de 55 litres avec ouverture par le bas et ceux avec armature en alu amovible. En week-end sous le soleil de la Rochelle (800 km de chez moi), la librairie spécialisée voyages et ses guides de conversation groenlandais m’intéressent plus que l’aquarium et Fort Boyard. Ma fierté de la semaine est d’avoir dégoté une annonce de bateau-stop en Alaska (pas aux bonnes dates, mais ça prouve que… c’est possible !). Et quand je prends un train pour aller voir ma famille, ma valise est optimisée en mode déménagement / objets à vendre en brocante.

« On fait comme on a dit, dis ? On cale une date pour un prochain resto ?
Prends ton agenda, oui. Non, juillet c’est pas possible. Août? Avant le 28, donc. Je note. On se rappelle. »

Ce n’est plus l’avant, et l’après attend toujours. Ce n’est même pas de l’impatience, juste de l’observation. Si proche(s) et si loin.IMG_7643

Bref, ça avance. J’ai renoncé à essayer de faire comprendre mon projet à certains de mes proches (légitimer, justifier, pfff…). Les phases de pessimisme (mais qu’est-ce tu fous Sophie, y a même pas de liaisons aériennes entre le Groenland et le Canada en mars, seulement en été, c’est n’importe quoi tu vas pas y aller à la nage au milieu des icebergs) alternent toujours avec les phases d’euphorie. Parfois ça ressemble même à de la sérénité.
L’Islandaise « à la base du projet » (j’en parlais un peu ici…) qui m’avait proposé un taf avant de se rétracter, m’a recontactée. C’est une fois que je ne comptais plus sur elle qu’elle a décidé d’accéder à toutes mes demandes. Inespéré. La première étape « hiver sous la nuit polaire » se présente plutôt bien, avec même le choix entre plusieurs adresses (un luxe!). Ensuite, après l’Islande… ça me paraît loin.  Et proche.

Pentax Digital Camera

Les 30 premières années de ma vie doivent tenir dans un placard de 6mètres cube. Un minimum d’organisation est requis. C’est vraiment pas gagné…

8 thoughts on “Si proche(s) et si loin”

  1. chris à vélo dit :

    Parce que ce qui prend le plus de place ne se range pas dans les placards, et surtout parce qu’il reste ENCORE beaucoup de places a remplir.. ce sont les souvenirs!! le plus dur dans tout ça c’est de savoir vivre l’instant présent et profiter!! (on est le seul pilote de notre vie, les autres auront beau nous conseiller, ils ne savent pas piloter NOTRE vaisseau..)

    • Merci Chris pour tes jolis mots. Ouaip, vivre l’instant présent… Cet entre-deux me saoule, t’as pas idée ! (enfin si peut-être, justement, que tu as parfaitement idée de ce que c’est 😉

  2. Tu risque d’être schyzo pendant un certain temps, au moins jusqu’à ton départ…ensuite, ça devrait aller !
    Maintenant, faut te dire que tu pars pour mieux revenir (peut-être…), ça changera des relations avec des personnes, maintenant vois-tu tout le monde régulièrement, ou alors une fois de temps a autre…des fois je me dis que certains potes me manquerait si je partais, le truc, c’est que certains je les vois 2/3 fois l’an, donc bon, une fois ou deux de moins, ça change pas grand chose, et tu auras pleins de trucs a raconter.

    • Effectivement, le plus « compliqué » à gérer c’est justement ceux que je vois relativement peu, et tu as tout à fait raison, se voir tous les 2 ou 3 mois ou pas du tout pendant un an, certains ne verront pas la différence, et auront plein de choses à vivre aussi « ici » et à me raconter à mon retour. Mais l’espace temps n’est pas appréhendé par tout le monde de la même façon… Enfin bref, j’ai pas fini d’être schizo, merci pour cette confirmation 🙂

      PS : je viens de finir Indian Creek, c’est même meilleur que Mike Horn pour le coup tellement le style d’écriture est « sans prétention », avec de l’auto-dérision à chaque « exploit ». J’ai notamment adoré les passages où il hésite entre rentrer à Missoula et rester à sa tente pour finir l’hiver (juste avant qu’il rencontre le lynx), je me suis (bizarrement) bien retrouvée dans cette analyse forcée de « ce qu’il y a à vivre pour soi » et « ce qu’il y a à partager avec les autres ».
      Donc encore merci pour cette découverte !

  3. HAN, j’avais pas vu ce post passé, heureusement qu’une source anonyme m’en a informé ^^
    Pour revenir aux amis, de mon côté, les « meilleurs » sont ceux que je ne vois pas forcément souvent, mais ceux avec qui tu vois que le temps passe, mais rien ne change….:)
    Après le côté « ça part dans tous les sens » avant le départ, on est bien d’accord hein ^^

    • Bien informée dis donc, cette source anonyme !
      Après « digestion » et discussions, me voici dans une autre phase de ce yoyo merveilleux de l’avant voyage (ravie de voir que tu n’y échappes pas!!!)
      Et au final, oui, que la distance soit de 300 ou 3000 kilomètres, que l’intervalle soit de 2 mois ou d’un an, certains sont toujours là, épurés et complets à la fois. Alors on verra bien après, et je te parie que dans six mois, je te dirai que les gens croisés sur la route vont me manquer aussi, et blablabla… 😉

  4. Amina dit :

    Pour toi, ma soufinette!

    « Quand tu te sépares de ton ami, tu ne t’affliges pas ; Car ce que tu aimes le plus en lui pourra s’éclaircir en son absence, comme la montagne pour le grimpeur est plus nette depuis la plaine.
    (…) Que serait ton ami si tu le cherchais pour tuer le temps ?
    Cherche-le toujours pour le vivre.
    Car il lui appartient de satisfaire ton besoin, pas ton vide.
    Et qu’il y ait rire dans la douce amitié, et partage de plaisirs.
    Car dans la rosée des détails, le cœur trouve son matin et la fraîcheur. »

    Khalil GIBRAN, Le Prophète.

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