D’autres horizons d’autres mots

16 commentaires
Blablablas, Borgarnes, Dans ma bibliothèque, Islande, Tour de Babel

Depuis mi-octobre, je travaille dans une ferme « islando-norvégienne ». Mon boss (islandais) ne maîtrise pas la langue de Shakespeare (et encore moins celle de Molière). Avec ses 5 mots d’anglais (essentiellement des insultes) et mes 5 mots d’islandais (essentiellement des formules de politesse), on communique bizarrement super bien depuis le début. Sachant qu’on a deux choses en commun : les chevaux islandais (c’est pour ça que je travaille dans sa ferme) et le chocolat (non, la gourmandise n’est pas un défaut, c’est même une excellente base de conversation).

Compter les moutons… pour s’endormir apprendre les chiffres

Forcément, j’ai rapidement dû apprendre du vocabulaire islandais, notamment lié à l’équitation (c’est mieux de savoir si on te demande d’amener la selle / la fourche / la cravache, et s’il faut tourner à gauche, partir au galop, ou s’arrêter. Je vous fais grâce des « incurvations », « épaules en dedans » et « flexion d’encolure », c’est vachement difficile à placer dans une conversation mondaine) Par la force des choses, j’ai aussi appris à compter… à cause des moutons : pendant deux jours, il a fallu trier les bêtes, et donc lire leur numéro à l’oreille. C’est moi qui avais les meilleurs yeux pour déchiffrer le code, mais personne ne me comprenait dans la bergerie quand je beuglais « seven hundred and twenty eight » (j’aurais pu parler chinois que ça aurait été pareil) (juste pour rire, en islandais, 728 se prononce « chio tousand og tututguoué aoutta ») (à peu près, hein) (et encore, je ne vous parle pas de l’intonation). Donc j’ai appris à compter jusqu’à 10 (après c’est un joyeux bordel, on verra si un jour je dois être caissière, pour l’instant je vais me contenter de savoir dire « incurvation à droite »).

Apprendre l’islandais en suivant la même pédagogie qu’avec les jeunes chevaux :
un peu, chaque jour, des jeux, beaucoup de répétitions et quelques vacances

Apprentissage de l'IslandaisHistoire de savoir dire autre chose que « Je suis assise dans l’herbe », « c’est la pleine lune » et « Un peu de neige en haut de la montagne », j’ai acheté un dictionnaire islandais-français dans une « brocante » (le FleaMarket de Reykjavik, pour ceux qui connaissent), et j’ai commencé à essayer de « lire » le journal, à traduire au moins les gros titres. La blague. Mon boss a eu un peu pitié, et a sorti de son grenier un livre vieux de 60 ans : le bouquin sur lequel il a appris à lire… Maintenant je m’amuse à faire des traductions de textes très simplistes (« La petite fille s’est perdue. Quel âge a la petite fille? »), avec des termes super vieillots qu’il n’y a pas dans mon dico (qui date pourtant de 1988, un truc récent donc).

Souvent, le dico ne suffit pas. Dans ce cas-là, il me reste toujours deux solutions : la femme de mon boss (qui est norvégienne, si vous avez suivi) me fait une traduction en anglais. Mais elle n’est pas tout le temps là.

Sinon, heureusement, Google (translate) est mon ami.

Google translate WTF

Malheureusement, Google translate n’est pas une science exacte… (dans l’exemple ci-dessus, j’essayais juste de traduire la phrase écrite sur le mug dans lequel je bois mon café le matin… fail)

Et puis j’ai reçu un colis de l’autre bout de la terre (ou presque), et je me suis dis que c’était pas demain la veille que j’apprendrai le Japonais. Même si, contrairement à l’Islandais, c’est parlé par plus de 0,04 % de la population mondiale.

Colis Japon-Islande de Thibault

16 thoughts on “D’autres horizons d’autres mots”

    • En même temps sur ce coup-là j’avais pas vraiment trop le choix si je veux rester dans cette ferme. Et trouver un dico islandais-français à 1000 couronnes a été un déclic, je n’avais pas du tout prévu de m’y mettre « autant ». Mais vue l’immersion totale, il faut ce qu’il faut 🙂 Après, pour être honnête, c’est vraiment pas gagné, ça n’a rien à voir avec le français, ni même l’anglais et de très loin aux quelques mots que j’ai de norvégien… et les conjugaisons / déclinaisons sont un véritable casse-tête, alors je vais juste faire des phrases simples… mais j’ai compris ce que tu as écrit sans google translate 🙂

  1. Dire que je n’ai pas ri serait un gros mensonge, j’ai même bien ri 🙂 Par contre, moi qui ne suis pas forcément très doué pour l’apprentissage des langues (ou c’est peut-être juste que je suis feignant, je m’y mets quand je n’ai pas le choix), je suis assez admiratif !!

    • Pour la petite histoire, je ne suis absolument pas douée pour l’apprentissage des langues, tous mes profs d’anglais pourront confirmer, je n’ai rien retenu ou presque. Il y a 3 ans, avant de prendre l’avion pour la première fois pour la Norvège, je disais « earth apple » pour pomme de terre (et pourtant je prends des potatoes quand je vais au « fastfood », mais j’avais jamais dû faire le lien). Donc non, je suis pas douée DU TOUT pour l’apprentissage des langues 😉
      Moi-même je m’étonne, à propos de l’islandais 🙂

    • Earth apple, là je ne ris plus, je m’égosille. J’adore 😉 Quand j’étais aux Pays-Bas, j’expliquais à mes colloques que j’étais surpris qu’il y ait autant de vélo qui ne griller les feux, sauf que je disais « fire » au lieu de « light ». Et ces idiots ne comprenaient pas de quel incendie je pouvais bien parler !

      • Alors que pourtant, les vélos qui grillent les incendies, c’est logique… 😀
        J’adore ce genre de quiproquo !

  2. Grosse grosse admiration là ! Et aussi je trouve ça tout simplement énorme qu’un couple islando-norvégien (dont un des 2 ne parle pas du tout anglais, si j’ai bien compris) ait bien voulu t’embaucher, en dépit de la barrière de la langue, c’est courageux (de leur côté, et du tien aussi !)
    Pour les traductions foireuses de Google Translate, j’ai testé en Suède .. j’ai même fait quelques captures d’écran parfois tellement c’était à mourir de rire (un exemple : http://imgur.com/ScxwK0Y)

    • Effectivement, google n’est pas plus doué en suédois !

      Pour le fait qu’ils m’aient « embauchée » malgré la barrière de la langue (oui, un des deux ne parle pas du tout anglais), disons que je suis en volontariat, donc pas payé : je trouve que ça facilite grandement les choses (si jamais ça foire, il n’y aura eu que « peu d’investissement » de leur côté, juste logement et nourriture). On était parti pour faire un test de 2 semaines, ça a collé direct ou presque, et surtout la langue n’a pas du tout été un obstacle, au contraire même je crois. Dès le premier soir, jme suis retrouvée dans la voiture avec le mari pour déplacer un cheval (de nuit donc), aucun mot en commun… :/ Il cherchait des aurores boréales derrière le pare-brise tout en conduisant, et hop, notre premier sujet de conversation (forcément par gestes c’est facile) ! Ensuite on a enchaîné sur les chevaux, et c’était parti. Quand tu veux communiquer, d’autant plus quand tu es passionné(e) par ce dont tu veux parler (équitation dans le cas présent), franchement tu y arrives, au final d’ailleurs assez facilement, ça m’a étonné moi-même. Et maintenant c’est ma boss qui me demande de lui traduire des trucs du quotidien en français 😀

  3. C’est toujours très très drôle l’apprentissage d’une nouvelle langue, surtout quand elle sort de tous les systèmes qu’on connait déjà. J’ai vécu la même chose avec le serbe ! Intellectuellement c’est hyper stimulant et parfois même fatigant. Tu vas rester combien de temps en Islande ?

    • Oui, très drôle, et je crois même que le processus d’apprentissage favorise « l’acceptation », les locaux voient tous les efforts que ça demande d’apprendre leur langue (des fois je leur traduis en français pour qu’ils voient à quel point ça n’a rien à voir). En tout cas ici j’ai l’impression qu’ils prennent ça comme une réelle marque d’intérêt (ce qui est le cas d’ailleurs). Finalement, la barrière de la langue est plus génératrice de fous rires qu’autre chose 🙂 Intellectuellement très stimulant, je confirme ! Comme je suis entourée de gens motivés aussi (la « voisine » m’a ramené des bouquins de l’école où elle travaille, je la connais à peine !), ça encourage d’autant plus, même si c’est loin d’être gagné…

      Mon projet est de passer tout l’hiver en Islande, j’espère jusqu’à fin mars, début avril. Avant d’enchaîner sur le Groenland (si les finances le permettent) puis le Canada.

      Le serbe dis donc, chapeau ! ça a pas dû être évident tous les jours non plus 🙂 Tu as fini par le parler couramment ?

  4. Comme tu dis les déclinaisons sont un vrai casse-tête mais une fois dedans tout parait si simple! 🙂
    J’utilise le livre « Learning Icelandic » qui est le livre scolaire que ma prof d’islandais a commandé d’Islande pour nous. Il est vraiment bien, et il est livré avec un livre d’exercice et un CD, si ça t’intéresse. Bonne continuation dans ton apprentissage. Bless bless!

    • Merci ! Et pour le conseil aussi ! Je me suis renseignée sur cette référence, ils l’ont à Reykjavik. Il faudra que je vois la prochaine fois que je vais « à la ville », même si je n’ai pas de lecteur de CD sur mon ordi portable, un bouquin « théorique » ça pourrait pas faire de mal… Les déclinaisons, j’en suis encore sacrément loin ! Mais moi je connais plein de gros mots héhé 😀 (rien que pour ça je suis fière)
      Bonne continuation dans ton « multiple » apprentissage aussi !

      Bless bless 🙂

  5. nowmadnow dit :

    Tu apprends l’islandais! Les sons doivent être si différents du français ou de l’anglais! Tu dois avoir quelques moments de fou-rires…

    Tu resteras tout l’hiver dans la même ferme ou tu partiras dans une autre région de l’Islande?

    Un jour, je ferai comme toi: j’irai dans une ferme en Islande. En hiver. En ne parlant pas un mot d’islandais…

    Bises du Canada xxx

  6. Oui, ça n’a rien à voir, des sonorités communes avec le norvégien, des constructions parfois similaires à l’allemand… Surtout les « syllabes » ne correspondent pas aux mêmes qu’en français, et je n’arrive toujours pas à rouler les R comme il faut… Mais je me marre bien, c’est le moins que l’on puisse dire, même si des fois je suis au milieu d’une conversation animée de 10 personnes qui ne parlent pas du tout anglais, et là, j’ai beau m’accrocher je pige que dalle.
    Aucune idée pour le temps que j’y reste, peut-être mi-décembre, peut-être moins, peut-être beaucoup plus. C’est assez difficile de prévoir quoi que ce soit, je crois que même eux ne savent pas. En Islande, les deux mots qui résument tout seraient « demain » et « peut-être ». A la base, je suis venue en Islande avec un plan dans une autre ferme, ça a capoté en une semaine. Maintenant c’est free style, là je suis super bien tombée (ce n’est pas du HelpX, juste « bouche à oreille »). Pour les autres régions d’Islande, l’an dernier j’ai bossé un peu dans le Sud. A suivre, je n’ai aucun impératif, je voudrais juste continuer avec des chevaux (je n’ai pas l’impression de travailler) et je ne suis pas contre monter plus au nord encore… 😀

  7. C est vrai que c est chaud l islandais!

    Nous on est bien paumé 😀 on connait quelques expressions mais sinon c est hard. On est en islande depuis plus de 3 mois, les enfants apprennent tres vite par contre 😉

    • Où prenez-vous des cours pour adultes ? Ma prof était Hulda, elle habite dans une vallée juste avant Reykholt si je me souviens bien.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s